Décryptage

GIP SI2S : qui pilote l’interopérabilité des données de santé en Calédonie

Créé en 2020, le GIP SI2S réunit hôpitaux, clinique et gouvernement pour rendre interopérables les systèmes de santé calédoniens et bâtir le numéro calédonien de santé.

6 min de lecture

Derrière le partage des données de santé se cache une question peu visible mais décisive : qui fait dialoguer les logiciels des hôpitaux, des cliniques et des cabinets ? En Nouvelle-Calédonie, cette mission revient à un acteur discret, le GIP SI2S. Comprendre son rôle, c’est comprendre la colonne vertébrale de l’e-santé calédonienne.

Qu’est-ce que le GIP SI2S ?

Un groupement d’intérêt public est une structure qui permet à plusieurs personnes publiques de mettre en commun des moyens autour d’un objectif partagé. Le GIP SI2S, créé en 2020, réunit les trois centres hospitaliers du territoire (le CHT Gaston-Bourret, le Centre Hospitalier du Nord et le Centre Hospitalier Spécialisé Albert-Bousquet), la clinique Kuindo-Magnin et le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Son objet : organiser, sécuriser et faire communiquer les systèmes d’information de santé et du social calédoniens. C’est l’un des acteurs clés de l’écosystème du numérique en santé en Nouvelle-Calédonie.

Pourquoi un groupement, et pourquoi à ce moment ?

La création du GIP s’inscrit dans la dynamique du plan de santé calédonien Do Kamo (2018-2028), qui fait du numérique un levier de coordination des soins. Elle répond aussi à un constat de terrain : faute d’identifiant commun, les établissements peinent à relier les informations d’un même patient. Un projet antérieur, qui aurait reposé sur le répertoire national d’identification, a été abandonné en 2020. La Nouvelle-Calédonie a donc choisi de construire sa propre solution, adaptée à ses compétences et à son organisation.

Sa mission : faire dialoguer des systèmes éclatés

Le travail du groupement tient en trois mots : urbanisation, sécurité, interopérabilité. Urbaniser, c’est mettre de l’ordre dans un paysage de logiciels qui se sont développés séparément. Sécuriser, c’est protéger des données particulièrement sensibles. Rendre interopérable, c’est permettre à ces outils d’échanger dans des formats communs. Sans ce socle, un dossier partagé resterait une promesse, car chaque système parlerait sa propre langue.

Le chantier clé : le numéro calédonien de santé

Pour relier les informations d’un patient d’un établissement à l’autre, il faut pouvoir l’identifier de façon fiable. Or aujourd’hui, chaque hôpital ou clinique utilise son propre identifiant, et ces numéros ne sont pas reliables entre eux. Le GIP SI2S porte donc un objectif structurant : créer une identité unique par patient, le « numéro calédonien de santé ». Ce chantier reste en construction ; il ne s’agit pas du dispositif métropolitain, mais d’une solution propre à la Nouvelle-Calédonie. Sa généralisation à toute la population a été identifiée comme une priorité par les corps de contrôle.

Trois outils prioritaires

Une réunion de cadrage tenue en 2023, associant l’État, les services calédoniens, les provinces, les ordres professionnels, la CAFAT et les mutuelles, a fixé trois priorités opérationnelles :

  • la feuille de soins dématérialisée, pour simplifier la facturation des soins ;
  • une messagerie sécurisée de santé, pour des échanges confidentiels entre professionnels ;
  • le dossier médical partagé, désormais inscrit dans la loi du pays n° 2026-5.

Ces trois briques se complètent : l’identité fiable sert de clé, la messagerie et le dossier partagé font circuler l’information, et la dématérialisation allège le quotidien administratif.

Une montée en charge progressive

Le périmètre du groupement s’est élargi avec le temps, la Province Sud l’ayant rejoint en 2024. L’enjeu est autant organisationnel que technique : tant que certains établissements ou professionnels restent à l’écart, l’identification et le partage ne couvrent qu’une partie des parcours de soins. L’utilité d’un système d’information partagé grandit avec le nombre d’acteurs qui s’y connectent, si bien que chaque nouveau raccordement augmente la part des parcours réellement couverts. La trajectoire est donc celle d’une généralisation établissement après établissement, au rythme des adhésions et des outils déployés. Plus le réseau s’étend, plus le dossier partagé et la messagerie sécurisée gagnent en utilité pour les soignants comme pour les patients.

Ce que cela change, concrètement

Pour un patient, l’intérêt se résume à une idée : que son histoire de santé suive son parcours. Lorsqu’il passe de son médecin traitant à l’hôpital, puis à un spécialiste, les informations utiles devraient être disponibles au bon endroit, sans avoir à tout reraconter ni à refaire des examens déjà réalisés. C’est précisément ce que permet une identité fiable couplée à des systèmes qui communiquent.

Pour les professionnels et les éditeurs de logiciels, le message est tout aussi clair. Les outils qui sauront se connecter aux briques communes (identité, messagerie, dossier partagé) prendront de l’avance, tandis que les solutions fermées risquent de rester à l’écart des parcours. L’interopérabilité devient ainsi un critère de choix de premier plan, au même titre que les fonctionnalités ou le prix. Anticiper cette exigence aujourd’hui évite des migrations coûteuses demain.

SI2S désigne le système d’information de santé et du social. Le GIP SI2S est le groupement d’intérêt public chargé d’organiser ce système d’information en Nouvelle-Calédonie.

Il s’agit d’un chantier en construction, pas encore d’un dispositif universel. L’objectif est de doter chaque patient d’une identité unique, reliable entre les établissements, alors que chacun utilise aujourd’hui ses propres identifiants.

Le dossier médical partagé fait partie des outils prioritaires du groupement. Pour fonctionner, il a besoin de l’identité patient fiable et de l’interopérabilité que le GIP SI2S a précisément pour mission de construire.

Sources : Chambre territoriale des comptes de Nouvelle-Calédonie — gestion sanitaire et sociale (octobre 2023) · CESE-NC — création du GIP système d’information · loi du pays n° 2026-5.

Rédaction hds.nc — média de référence sur l'hébergement des données de santé en Nouvelle-Calédonie.